Entretien · Pauline Lebas, Directrice de l’innovation Croix-Rouge française

Comment votre passion pour l’innovation sociale influence-t-elle votre approche du travail au sein de la Croix-Rouge ?

L’innovation sociale est définie par le prix Nobel de l’économie 2006 Mohammed Yunus comme la « faculté à voir dans chaque difficulté une opportunité d’entreprendre ». C’est cette approche optimiste et entrepreneuriale qui me porte dans mon quotidien à la Croix-Rouge française

Par ailleurs, mes premières expériences m’ont permis de développer une expertise en mesure d’impact social, j’ai donc une approche de l’innovation sociale orientée impact et résultats. Je pense que les défis sociaux et environnementaux devant nous sont trop importants pour que l’on ne soit pas intransigeants sur l’impact réel de nos innovations.

Enfin, j’ai toujours conçu et co-développé des innovations sociales avec les publics concernés (« ce qui est fait pour moi sans moi est contre moi » disait Ghandi). Je l’ai fait pendant plusieurs années dans les bidonvilles du Kenya, de Côte d’Ivoire ou encore de Madagascar et d’Inde. En France aussi, j’ai gardé cette exigence et je veille à ce que nous travaillions avec nos volontaires sur le terrain et que nos solutions soient toujours co-développées avec les personnes concernées.

Quelle vision du numérique portez-vous à la Croix-Rouge française ?

Le secteur associatif français souffre globalement d’un retard dans sa transformation numérique. A la Croix-Rouge française, nous avons beaucoup investi ces dernières années, notamment à la suite de la crise du covid-19 et grâce aux financements France Relance, pour équiper nos structures, former nos volontaires, expérimenter de nouvelles solutions technologiques et accompagner les publics à travers un programme national d’inclusion numérique.

Ces investissements portent leurs fruits : ils ont par exemple permis le déploiement d’une suite de travail collaborative pour les 100 000 volontaires de la Croix-Rouge française (bénévoles, salariés, étudiants) qui a énormément joué sur notre réactivité, notre capacité à piloter et gérer les crises et situations d’exception récentes en collaborant aux différents échelons de notre réseau bénévole.

Quels ont été les principaux enseignements tirés de la première journée nationale dédiée à l’inclusion numérique à la Croix-Rouge française ?

Trois enseignements peuvent être tirés de la première journée nationale de l’inclusion numérique à la Croix-Rouge française, qui s’est tenue en novembre 2023 : 

  1. L’inclusion numérique devient un sujet prioritaire et stratégique à la Croix-Rouge française, car la fracture numérique touche 20% de la population et entrave de nombreuses pratiques essentielles du quotidien (l’accès à la santé, à l’emploi, le lien social et familial, etc.). Cette fracture ne peut que s’accroître dans les prochaines années avec la poursuite de la digitalisation et l’arrivée à maturité de nouvelles technologies à base d’intelligence artificielle ;
  2. Nous avons tiré un bilan positif de la première phase expérimentale de notre programme d’inclusion numérique, avec plus de 25 000 personnes accompagnées dans toute la France, et nous avons initié une nouvelle étape de ce programme ambitieux pour 2023-2025 ;
  3. Nous avons à nos côtés une alliance forte pour soulever ce défi : des équipes de bénévoles et de salariés passionnés sur le terrain, des experts de grande qualité dans les établissements et les directions de la Croix-Rouge française et des partenaires publics et privés engagés à nos côtés de manière durable.

Quelles sont vos ambitions et objectifs pour un avenir numérique plus impactant à l’horizon 2025 ?

Notre ambition est de faire du numérique un outil de résilience pour les individus, pour les organisations et pour les territoires.

Pour les individus, nous souhaitons continuer le déploiement de notre programme d’inclusion numérique dans toute la France, pour équiper, former et sensibiliser aux usages numériques.

Pour les organisations, nous étudions le potentiel et expérimentons de nombreuses solutions technologiques pour améliorer la gestion des crises: utilisation de drones dans des situations de catastrophe naturelle, utilisation de la réalité virtuelle pour former et préparer les collaborateurs ou encore utilisation de l’intelligence artificielle pour gérer l’information en pleine crise. Nous sommes convaincus que ces solutions, si elles sont utilisées de manière responsable, peuvent contribuer à sauver des vies et à limiter les dégâts en cas de crise.

Pour les territoires, nous sommes convaincus du potentiel du partage de la donnée afin de faciliter le partage d’informations, la coordination inter-acteurs et l’optimisation des efforts. Nous avons par exemple beaucoup travaillé avec la solution Solinum pour améliorer l’accompagnement des publics.

Comment la Croix-Rouge aborde-t-elle la question de la parité ?

La Croix-Rouge française a toujours été une organisation très féminine. Pendant la première et la seconde guerre mondiale, ce sont principalement des bénévoles femmes qui ont assuré les premiers secours et les soins aux blessés de guerre. Aujourd’hui, notre base de 75 000 bénévoles est composée à 60% de femmes. 

Cela étant dit, comme partout, notre challenge est d’accompagner les femmes dans la prise de responsabilité au sein de l’organisation, que ce soit dans des fonctions bénévoles ou salariées. Nous sommes déjà assez exemplaires : 47% de nos présidents locaux sont des femmes et nos statuts imposent la parité au conseil d’administration de l’association depuis 2019. Depuis la fin 2022 notre nouvelle directrice générale, Nathalie Smirnov, soutient également la prise de responsabilité de femmes au sein du comité de direction. 

Nous maintenons nos efforts pour que les femmes osent se positionner et prendre des postes à responsabilité. A ce titre, nous déployons et animons un réseau féminin initié par la fédération internationale de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge qui s’appelle le GLOW RED.

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