Vous avez plus de 15 ans d’expérience dans le recrutement et l’accompagnement des talents. Qu’est-ce qui vous a donné envie de créer vos propres entreprises, puis CibliJob ?
Vous savez, après 15 ans dans le recrutement, j’ai vécu une situation frustrante au quotidien : des candidats qui ne trouvent pas d’emploi et des entreprises qui ne parviennent pas à recruter. Le problème ? Les candidats n’arrivent pas toujours à mettre leurs compétences en avant, et surtout les bonnes compétences attendues sur l’offre. Et quand vous êtes loin de la rédaction et du numérique, c’est encore plus compliqué. En France, 8 millions de personnes sont en situation d’illectronisme. Ces personnes ont l’expérience, les savoir-faire, mais elles restent invisibles. Il ne s’agit pas de candidats « moins bons », mais de candidats « moins visibles ». CibliJob, c’est ma façon de créer ce pont qui manquait entre ces deux mondes
Vous utilisez l’IA pour redonner accès à l’emploi à des publics souvent oubliés. Est-ce pour vous une manière concrète d’incarner ce que signifie “United by Tech” ?
Complètement. Pour moi, « United by Tech » c’est vraiment utiliser la technologie pour rapprocher, pas pour exclure davantage. On voit bien le paradoxe : les outils de recrutement deviennent ultra-digitaux, et du coup, ils laissent sur le bord de la route tous ceux qui ne maîtrisent pas ces codes. Avec les cabines qu’on a lancées il y a un mois et demi, on fait l’inverse. L’IA devient une alliée qui aide les candidats à mettre en valeur leurs compétences, à structurer leur parcours d’une façon qui les rend enfin visibles. C’est une sorte de coup de pouce digital qui leur donne les mêmes chances que les autres. Transformer un outil d’exclusion en outil d’inclusion, c’est exactement ce que je veux faire avec CibliJob.
Comment les entreprises réagissent-elles à votre démarche ? Sont-elles prêtes à revoir leurs pratiques pour favoriser un recrutement plus inclusif ?
Franchement, depuis le lancement il y a un mois et demi, je suis agréablement surprise. On a déjà réalisé quelques recrutements grâce aux cabines, et ça fait vraiment plaisir de voir que ça fonctionne. Ce qui aide beaucoup, c’est que les entreprises avaient déjà constaté que leurs annonces classiques ne marchaient plus pour certains postes. On répond à un vrai besoin qu’elles ressentaient. La pénurie les pousse aussi à être plus ouvertes. On est au démarrage, mais ce qui m’encourage, c’est que les entreprises entendent parler de nous et nous contactent pour tester. Certaines viennent même directement voir les cabines. Je sens une vraie curiosité et une envie d’essayer de nouvelles approches
On peut voir le JFD Club comme une “cabine à talents”. En quoi, selon vous, notre réseau contribue-t-il à révéler le potentiel des femmes de la Tech ?
J’adore cette comparaison, et elle est tellement juste ! J’ai intégré le JFD Club il y a deux mois, donc je suis encore en phase de découverte, mais mes premières impressions sont vraiment positives. On a déjà commencé à créer des connexions avec de grands groupes et à échanger sur nos projets dans la tech. Finalement, je devrais peut-être installer une cabine au JFD ! Plus sérieusement, ce qui me frappe, c’est cette capacité à révéler ce qui est déjà là. C’est un espace pour se rendre visible, partager nos innovations, se connecter aux bonnes personnes. Dans un secteur encore masculin, se retrouver entre femmes qui comprennent vos défis, ça change tout. Les échanges sont concrets, authentiques. C’est ce dont on a besoin pour oser aller encore plus loin et amplifier l’impact de nos projets.
Si vous deviez donner un conseil à une femme qui souhaite se lancer dans l’entrepreneuriat ou l’innovation RH, quel serait-il ?
Je lui dirais : OSE. Lance-toi avant d’être prête à 100%, parce que ce moment n’arrivera jamais. Je le vis moi-même ! J’accompagne des personnes qui n’ont pas le parcours parfait, mais qui ont les compétences. Et moi ? Je ne coche pas toutes les cases non plus. Mais j’ai lancé les cabines il y a un mois et demi, rejoint le JFD Club il y a deux mois, et j’avance. On veut souvent tout maîtriser avant de démarrer. Si j’avais attendu ça, je serais encore en train de planifier. Entourez-vous rapidement, partagez vos doutes, rejoignez des réseaux. Votre expérience terrain vaut de l’or. Ne cherchez pas à copier un modèle existant : créez le vôtre. Osez avec vos imperfections. La légitimité vient en faisant, pas en attendant.
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Samia Gentil, fondatrice de CibliJob et Membre du JFD Club
Samia Gentil est une entrepreneure nantaise passionnée par les ressources humaines et l’innovation dans le recrutement. Forte de plus de 15 ans d’expérience dans le secteur du recrutement, elle a fondé plusieurs entreprises dont Smart Profil et Smart Process RH.
Elle est la fondatrice de CibliJob, une start-up innovante qui a développé des cabines emploi utilisant l’intelligence artificielle. Ces machines permettent aux candidats de créer leur CV en moins de 10 minutes grâce à un dialogue avec une IA, de manière gratuite et accessible. Les premières cabines ont été inaugurées au Centre Commercial Atlantis de Saint-Herblain début septembre 2024. 10 installations sont prévues avant fin 2025.
Son ambition est claire : mettre tout le monde sur la même ligne de départ.



